#1 Vision urbaine : Partialité

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Vision urbaine | The Kyujus

Il ne fait plus l’ombre d’un demi-doute. La culture urbaine s’est complètement démocratisée. Les codes vestimentaires «street » ont été adoptés par une bonne partie des différentes castes de la vie de la capitale, par exemple. Les grandes marques de mode se sont adaptées et sont maintenant partie intégrante de cet univers, sous la déclinaison « urbain chic » et « rap caviar ». Le hip-hop culmine en tête des genres écoutés en France, selon les stats Spotify. « Wesh » (ou ouesh, ou encore ouech) est dans toutes les bouches de la jeunesse. Que ce dernier point soit perçu négativement, c’est un autre débat.
Pourtant, cette démocratisation initialement « positive » commence à laisser un goût amer.
Le partage de culture est l’un des plus grands succès de l’humanité. Bien que l’on ne soit plus vraiment dans une période de partage visiblement. Ce mélange ouvre de nouvelles portes et offre de nouvelles perspectives. Qui aurait cru dans les années 2000 que l’on aurait un jour des artistes posant flow de rap sur de l’électro ? Ou encore que l’on verrait du hip-hop country, à l’image de RMR ou Lil Nas X ?
La culture urbaine si longtemps décriée, pour son origine modeste des quartiers et banlieues à travers le monde, fait maintenant office d’institution. Rien de plus normal donc que tout le monde s’y mette.

À partir de cet établissement de faits, il faut se poser des questions sur le côté impartial du jugement.

Il est monnaie courante, aujourd’hui, d’entendre la critique quant à la qualité de la musique actuelle. L’argument « c’était mieux avant » est opposé à « c’est différent ». Pourtant, la critique est souvent ciblée. Elle vise la musique qui marche. Et que cela nous plaise ou non, les artistes qui ont le vent en poupe sont des produits « typés » street.
La question pour un autre débat serait : « L’industrie de la musique s’adapte-t-elle aux attentes de son public, ou ce public est-il éduqué par cette industrie ? ». Interrogation visant à comprendre le positionnement musical de ces dernières années.

Mais le sujet du jour est la partialité.
L’une des dernières polémiques du moment est, depuis un certain temps déjà, la quantité de sorties médiatiques visant à descendre Aya Nakamura. Potin le plus récent, la déclaration de Jérôme de Verdière (d’ailleurs ayant trouvé réponse de Sadek).

Aya est actuellement l’artiste française la plus écoutée à l’étranger. Depuis le début de sa carrière, elle fait tomber record sur record. Que l’on aime ou non, les chiffres ne mentent pas. Bien sûr, la liberté d’expression fait loi. Tout le monde peut donner son avis. Mais peut-être serait-il temps de le donner d’une meilleure manière. D’une manière impartiale. La réalité, c’est que la plupart des critiques envers Aya, Wejdene (oui, je la défends, mais sans pour autant l’écouter), Gims et autres artistes de cette scène francophone urbaine ne sont pas axées musique, et cache autre chose. La réalité, c’est que ce n’est pas tant la musique d’Aya qui dérange, mais soyons honnête, c’est Aya elle-même. Son personnage, son succès et ce qu’elle représente qui semble déranger. Car encore une fois, les chiffres sont sans équivoque. Et si certains veulent se défendre en argumentant du niveau musical, où étiez-vous durant les plus sombres années durant lesquels Mickael Youn, PZK, Passymal ou encore Charles-Vicomte sévissaient ?

Je vous dis. La blessure est encore présente.

Car, si oui, si le temps est passé, la cicatrice laissée par la médiocrité musicale affichée à une certaine époque est encore là. Et clairement, je m’en veux de redonner de la force à ces noms-là juste pour appuyer mon argument. On ne peut pas reprocher la médiocrité des uns, tout en fermant les yeux sur celle des autres.

Si l’on revient à la genèse de la musique urbaine, on retrouve une intention directe. Faire passer un message dans une lutte des classes. Faire entendre sa voix, étouffée dans les méandres de la précarité. Si l’on doit trouver un véritable affront, il est bel et bien là, dans ces années 2006-2015. Dans cette parodie d’un courant musical, à l’époque, en passe de réellement devenir lucratif.

En 2020, il serait peut-être temps de comprendre que la musique n’est pas uniquement affaire de paroles. Et si pour certains, c’est le cas, alors qu’ils jugent les artistes selon leur catégorie. Si Angèle fait treize millions d’écoutes mensuelles de moins qu’Aya Nakamura, c’est bien la preuve que la musique est plus complexe que ça. Et il ne faut pas mal le prendre.

Et surtout, n’oublions pas que l’art n’a pas de frontières.


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Jérémy aka
Le dernier WordBender, Father of Malkia et bien d'autres personnages. L'art est notre cadeau pour les générations futures.